Discours de Daniel MOUTET lors de la Rencontre Publique du 13 février 2009

Depuis 7 ans maintenant nous combattons ! Mon message aujourd’hui il est pour vous, mais il est également pour le chef de l’Etat. Celui qui se promène en Camargue, sans un regard pour ses habitants ! C’est un message qui vient de loin et que certains reconnaîtront…

Mr le Président,
Il existe dans ce pays une zone de non-droit. Et elle est ici. L’ensemble des citoyens du Golfe de Fos sont privés de leurs droits les plus souverains : droit à la santé, droit de s’exprimer. Les citoyens du Golfe de Fos n’existent même pas : nous sommes niés, reniés, salis, méprisés, trainés dans la boue…
Tout cela ne serait pas si grave si nos enfants n’étaient pas en première ligne.
Les représentants de l’Etat, les industriels, unis contre nous, osent en rajouter chaque jour davantage, avec un tel zèle, qu’on peut franchement penser qu’ils y prennent du plaisir…
Puisqu’ils ont osé, j’oserai moi aussi. La vérité, je la dirai, car j’ai promis de la dire, si la justice, régulièrement saisie, ne la faisait pas, pleine et entière. Mon devoir est de parler, je ne veux pas être complice.

Et c’est à vous, monsieur le Président, que je la crierai, cette vérité, de toute la force de ma révolte d’honnête homme. Car les mensonges sont notre lot quotidien….
Ils peuvent bien se moquer de nous dans leurs bureaux dorés, à la CUM, à la Préfecture, dans les ministères, et même à l’Elysée… Nous sommes toujours là ! Nous voyons tout et nous ne sommes dupes de rien…
Chacun paiera son dû ! Chacun devra assumer sa part de responsabilité…
Mais il est hors de question que les tombes de nos enfants constituent les preuves irréfutables que ces gens nous tuent… Nous ne voulons pas que justice soit faite sur leurs cadavres ! La seule chose que nous attendons c’est qu’on les protège ! Nous refusons d’être des parents endeuillés comme ceux du sang contaminé ou de l’amiante… Aucun dédommagement ne vaudra leur vie ! Pas une seule condamnation ne nous satisfera, s’ils sont déjà morts ou malades !
Les médecins ont fait le serment d’hypocrate, dans cette affaire nos adversaires ont fait celui d’hypocrite ! De quel droit ose-t-on mettre en doute la parole des médecins ? A quel titre des préfets, représentants de l’Etat ou industriels se permettent-ils de parler de santé publique ?
Nous vivons dans un pays, où même les journalistes se refusent à dire la vérité : combien de fois avons lu ou entendu : il n’y a personne dans un rayon de 10 km autour de l’incinérateur ? Alors qu’un compas et une carte IGN suffisaient à prouver le contraire. Et quand les services de l’Etat diligentent une étude de risque sanitaire qui conclut  qu’il vaut mieux vivre à Fos-sur-Mer que dans les Alpes. Pas un seul ne s’est étonné de cette conclusion ridicule ! Ni du fait que le Préfet souhaitait utiliser cette fumisterie pour décider des implantations futures sur la zone !
Nous ne voulons pas non plus que la vérité se fasse au pied des centres de chimiothérapie ! Nous réclamons la vérité aujourd’hui ! Nous refusons d’être les martyrs d’un scandale qui éclatera dans 10 ou 20 ans ! Car c’est aujourd’hui que le scandale se joue ! C’est l’air que nous respirons aujourd’hui qui nous tuera demain.

Cette vérité, cette justice, que nous avons si passionnément voulues, quelle détresse à les voir ainsi bafouées!
Telle est donc la simple vérité, monsieur le Président, et elle est effroyable, elle restera pour votre présidence une souillure de plus. Je me doute bien que vous n’avez aucun pouvoir en cette affaire, que vous êtes le prisonnier du lobby industriel et de ses intérêts. Vous n’en avez pas moins un devoir d’homme, auquel vous songerez, et que vous remplirez.
Je le répète avec une certitude plus véhémente : la vérité est en marche, et rien ne l’arrêtera. C’est d’aujourd’hui seulement que l’affaire commence, puisque aujourd’hui seulement les positions sont nettes : d’une part, les coupables qui ne veulent pas que la lumière se fasse ; de l’autre, les justiciers qui donneront leur vie pour qu’elle soit faite. Quand on enferme la vérité sous terre, elle s’y amasse, elle y prend une force telle d’explosion, que le jour où elle éclate, elle fait tout sauter avec elle. On verra bien si l’on ne vient pas de préparer, pour plus tard, le plus retentissant des désastres.

Mais cette lettre est longue, monsieur le Président, et il est temps de conclure.

  • J’accuse le l’Etat français de sacrifier les habitants du Golfe de Fos aux intérêts économiques des industriels.
  • J’accuse le Préfet de s’être rendu complice des atteintes portées à notre santé.
  • J’accuse Jean Claude Gaudin d’avoir organisé un véritable déni de démocratie et d’avoir outrepassé ses prérogatives de Maire de Marseille en imposant son usine de mort à Fos.
  • J’accuse les services de santé publique de l’Etat d’entretenir par leur silence zélé les risques graves qui pèsent sur nos enfants.
  • J’accuse la Drire de fermer les yeux sur les comportements irresponsables des industriels.
  • J’accuse les industriels de nous empoisonner au nom de leurs bénéfices.
  • J’accuse Eugène Caselli de mensonges quand il nous a promis de tout faire pour arrêter ce projet.
  • J’accuse Jean Noël Guérini de nous avoir soutenus à des fins électoralistes, tout en prenant acte des propos du Président Bernard Granié.
  • J’accuse enfin chaque homme politique de ce département qui crie son refus de l’incinération d’être un incompétent : car ces gens sont élus pour qu’ils transforment leurs convictions en actes !

Que sont-ils donc si ils n’ont que cette phrase à la bouche « je suis contre mais je ne peux pas faire autrement !» Je les accuse également de mentir à leurs populations en leur faisant croire que la pollution respecte les frontières administratives et ne contaminera que les gens de Fos !
Je n’ai qu’une passion, celle de la justice, au nom d’une population qui a déjà tant donné, tant souffert et qui a droit au bonheur. Je me battrais, nous nous battrons jusqu’au bout ! Mais il ne faut pas abandonner : nos enfants ne méritent pas ça ! Quoique nous coûte la manifestation du jeudi 19 février, ce n’est rien par rapport à la douleur de perdre quelqu’un qu’on aime ! Je sais que vous en avez marre, j’en ai marre aussi ! Je sais que vous êtes déçus, je le suis aussi ! Je sais que vous êtes dégoutés, que vous ne croyez plus ni en la justice, ni en la parole donnée. Alors réfléchissez à ça : que serions-nous si l’on ne se battait pas ? Nous serions des complices ! En ce qui me concerne, je refuse d’être complice !
Merci et à jeudi !

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